Traité de la fraternité (chapitre 1) – Saïd Nursi Bediuzzaman

"Les croyants ne sont que des frères. Etablissez la concorde entre vos frères, et craignez Dieu, afin qu’on vous fasse miséricorde." Coran 49:10

"La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles. Repousse [le mal] par ce qui est meilleur; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux." Coran 41:34

La partialité, l’entêtement et la jalousie qui causent l’hypocrisie, la discorde, la haine et l’animosité entre les croyants sont mauvaises et rejetés, nuisibles et injustes du point de vue de la vérité, de la sagesse, de l’Islam qui représente l’humanité suprême, du point de vue de la vie personnelle, sociale, spirituelle. Ils sont un poison pour la vie sociale. Nous expliquerons «Six Aspects» parmi de très nombreux aspects de cette vérité.

PREMIER ASPECT : C’est injuste du point de vue de la vérité. Ô homme inéquitable qui nourrit la haine et l’hostilité contre le croyant! Supposons que tu sois dans un bateau ou dans une maison, qu’avec toi, il y ait neuf innocents et un criminel. Tu sais combien est injuste celui qui cherche à faire couler le bateau et à détruire la maison. Et tu crieras de façon que les cieux entendent son injustice. Même avec un innocent et neuf criminels à bord, ce bateau-là ne peut être coulé par aucune loi de justice. De même, bien qu’il n’y ait pas seulement neuf plutôt vingt attributs innocents tels la foi, l’Islam, le bon voisinage dans le corps d’un croyant qui est une maison dominicale et un bateau divin, à cause d’un attribut criminel qui te déplaît et te paraît nuisible, en nourrissant la haine et l’hostilité contre lui, tenter de ta part de faire ou de vouloir couler le bateau spirituel et brûler et détruire la maison de ce corps spirituel, est une injustice aussi impudique et indigne que l’autre cas.

DEUXIEME ASPECT : C’est aussi injuste du point de vue de la sagesse. Car, il est connu que l’animosité et l’amour sont opposés comme lumière et obscurité. Les deux ne peuvent se combiner dans leur essence respective.

Si l’amour se trouve vraiment dans un cœur par la vertu de la prédominance de ses raisons, l’animosité est donc simulée; elle se transforme en une image de pitié. Oui, le croyant aime et doit aimer son frère. Mais il est peiné par son mal. Il s’efforcera de le corriger avec gentillesse, mais non pas avec rudesse. C’est la raison pour laquelle le texte du Hadith dit : « Le croyant ne doit pas se fâcher avec le croyant, ni cesser de lui parler plus de trois jours. ». Si les causes de l’animosité prédominent, si une réelle hostilité prend place dans le cœur, alors l’amour sera simulé, et prend une forme artificielle et flatteuse.

Ô homme injuste! Regarde maintenant combien sont injustes, haine et animosité envers ton frère croyant. Parce que si tu supposes que des cailloux ordinaires ont plus de valeur que la Ka’ba et sont plus élevés que la montagne d’Uhud, tu déraisonneras d’une manière grossière. De même, bien que beaucoup d’attributs islamiques comme la foi à la valeur de Ka’ba et l’Islam à la valeur de Montagne d’Uhud, exigent l’amour et l’accord; faire prévaloir contre la foi et l’Islam quelques imperfections qui causent l’animosité contre le croyant et qui ont la valeur des cailloux ordinaires, deviendra à tel degré de cruauté et de déraisonnement et une si grande injustice que si tu es doué d’esprit tu le comprendras!…

Oui, l’unification de la foi exige sans doute l’unification des cœurs. Et l’unité de la croyance exige l’unité sociale. Oui, tu ne peux pas nier que si tu te trouvais dans un même régiment avec quelqu’un, tu ressentirais un attachement amical pour cette personne et si tu étais sous l’ordre d’un même commandant, tu obtiendrais une relation de camaraderie. Et si tu étais avec lui dans le même pays, tu ressentirais un climat fraternel. Alors qu’il y a des rapports d’union et des liens d’accord et les relations fraternelles autant que les Noms Divins que la foi montre et fait savoir avec la lumière et la conscience qu’elle donne. Par exemple : Pour vous deux :Votre Créateur est unique, votre Maître est unique, votre Adoré est unique, votre Pourvoyeur est unique.. un… un, un, de là jusqu’à un millier d’unités. Votre Prophète est unique, votre Religion est unique, votre Direction (Kibla) est unique.. un…,un,un et de là jusqu’à une centaine d’unités. Puis votre village est unique, votre État est unique, votre pays est unique..un, un… un, de là jusqu’à une dizaine. Bien que cette quantité d’unités exige l’unité, l’unification, l’entente, l’accord, l’amour et la fraternité et bien qu’ils sont les liens spirituels qui attachent l’univers et les planètes ; tu comprendras, si tu n’as pas un cœur éteint et une intelligence tarie que favoriser les choses comme la toile d’araignée sans valeur, versatiles qui mènent à la discorde, l’hypocrisie, la haine et l’animosité; porter une véritable inimitié et garder la haine contre le croyant, cela devient une impolitesse face à ces liens unificateurs et un mépris à l’égard des causes de l’amour, une injustice et une transgression contre les affinités fraternelles.

TROISIEME ASPECT : Selon le mystère de (Coran 6:164):"Dis : Chercherais-je un autre Seigneur que Dieu, alors qu’Il est le Seigneur de toute chose ? Chacun n’acquiert [le mal] qu’à son détriment : personne ne portera le fardeau (responsabilité) d’autrui. Puis vers votre Seigneur sera votre retour et Il vous informera de ce en quoi vous divergez." exprimant la vraie justice; en raison d’un attribut criminel, condamner les autres attributs qui se trouvent chez un croyant, revient à être hostile et haineux à tel point que cela en devient une infinie injustice et particulièrement en se fâchant d’un mauvais attribut d’un croyant, si on l’étend aux proches de ce croyant-là; "Il vous a accordé de tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits de Dieu, vous ne sauriez les dénombrer. L’homme est vraiment très injuste, très ingrat." (Coran 14:34) bien que cette vérité et la Sharia et la Sagesse Islamique te fassent remarquer en forme d’exagération que tu commets une très grande injustice, comment peux-tu te donner raison en disant «Moi, j’ai droit» ?

Du point de vue de la vérité, les méchancetés qui sont les causes de l’hostilité et du mal sont, en effet, aussi denses comme le mal et le sol; elles ne doivent pas infecter, ni se refléter dans les autres. Si d’autres en tirent une leçon et commettent le mal, c’est une autres question. Les causes de l’amour qui sont les bontés sont lumière comme l’amour; leur particularité est d’être transmise et reflétée. C’est pourquoi la parole : «L’ami de l’ami est un ami » est transmise comme un proverbe. D’où aussi la parole : «Pour un œil, plusieurs yeux sont aimés » est rapportée par tout le monde.

Voilà, ô homme injuste! Bien que la vérité exige qu’on voit ainsi, si tu es quelqu’un de clairvoyant, tu comprendras combien le fait de nourrir de l’hostilité envers le frère innocent et aimable et envers les proches de quelqu’un que tu n’aimes pas, est contraire à la vérité.

QUATRIEME ASPECT : (La partialité, l’entêtement, la jalousie et l’animosité entre les croyants) : C’est aussi injuste du point de vue de la vie personnelle. Écoute quelques principes qui sont comme la base de ce quatrième aspect.

Le Premier : Quand tu sais que ta voie et tes idées sont justes, tu as le droit de dire : «Ma voie est juste ou meilleur ». Mais tu n’as pas le droit de dire : « Seul ma voie est juste ». Selon le mystère, ton opinion injuste et ton esprit limité ne peuvent pas être arbitres. Ils ne peuvent condamner comme fausse la voie des autres.

Deuxième Principe : C’est ton droit de dire: « Tout ce que tu dis doit être juste. Mais tu n’as pas le droit de dire toute vérité. Tout ce que tu dis doit être vrai, mais toute vérité n’est pas bonne à dire ». Car, quelqu’un qui n’a pas l’intention sincère comme tu l’as, peut être blessé par ton conseil qui provoquera une réaction défavorable.

Troisième Principe : Si tu veux nourrir l’animosité, insurges-toi contre la haine de ton cœur et débarrasse-t’en. Aussi sois hostile envers ton ego concupiscent (ton âme commandante, ta passion instigatrice) et ses caprices qui te causent le plus de peine, et tâche de le corriger, ton ego concupiscent. Pour la faveur de ton ego nuisible, n’en veux pas aux croyants. Si tu veux porter hostilité, fais-le contre les incroyants et les hérétiques qui sont nombreux. Oui, comme l’attribut de l’amour est conforme à l’amour, de même le défaut de l’animosité est conforme avant tout à l’animosité elle-même. Si tu veux vaincre ton adversaire, repousse son mal par le bien. Parce que si tu lui réponds par le mal, le conflit s’aggrave. Il garde rancune à l’intérieur, même s’il est apparemment vaincu. Si tu lui réponds par le bien, il regrettera et deviendra ton ami… Selon le jugement de : le caractère du croyant, c’est d’être noble. Il te sera serviable pour ta noblesse. Même s’il est apparemment vil, du point de vue de la foi, il est noble. Oui, il arrive très souvent que si tu dis à un homme mauvais : « tu es bien, tu es bien », il devient bien, et si tu dis à un homme bon : « tu es mauvais, tu es mauvais », il devient mauvais.

Par conséquent, tends l’oreille à ces principes coraniques sacrés où tu trouveras bonheur et salut :

"Ô vous qui avez cru, vous avez de vos épouses et de vos enfants un ennemi (une tentation). Prenez-y garde donc. Mais si vous [les] excusez passez sur [leurs] fautes et [leur] pardonnez, sachez que Dieu est Pardonneur, Très Miséricordieux." Coran 64:14

Quantième Principe : Les gens rancuniers et hostiles, ils sont transgresseurs et injustes aussi bien envers eux-mêmes qu’envers leurs frères croyants et envers la clémence Divine. Parce qu’avec la rancune et l’animosité ils laissent leur ego (nafs) dans un supplice pénible. Ils traitent leur ego injustement en le faisant souffrir atrocement, en raison de la peur et du supplice venant des bienfaits attribués à son adversaire. Si l’animosité provient de la jalousie, elle est une torture totale, parce que la jalousie accable, détruit, consume le jaloux en premier. Son tort pour l’envié est négligeable ou inexistant.

La solution de la jalousie ? Que l’homme jaloux pense à la fin des choses dont il a envie, afin qu’il comprenne que la beauté, la force, le rang et la fortune terrestres que son adversaire possède, sont éphémères et temporaires. Leurs intérêts sont faibles, leurs malheurs énormes. Si ce sont des vertus de l’au-delà, elles ne pourront sûrement pas être l’objet de l’envie. S’il en a envie aussi , il est soit un hypocrite qui veut épuiser les biens de l’au-delà dans ce monde ou bien il croit que l’envié est un hypocrite, il a tort, commet une injustice contre lui. Aussi en se réjouissant des malheurs qui atteignent l’envié et en s’attristant des bienfaits qu’il reçoit, ainsi il boude les bienfaits que le destin et la miséricorde Divine lui ont accordés. Comme s’il critiquait le destin et protestait contre la miséricorde. Celui qui critique le destin frappe tête contre l’enclume et la casse. Celui qui oppose à la miséricorde s’en prive.

C’est étonnant, quelle saine conscience pourrait accepter quelque chose qui n’équivaut pas à un jour d’animosité pour une année de haine et d’hostilité ? Tandis que tu ne peux pas attribuer à ton frère croyant une méchanceté qui te touche et le condamner entièrement. Parce que, Primo : en cela il y a une part du destin. En la soustrayant tu dois envisager avec contentement cette part du destin et de la destinée. Secundo : En distinguant la part de l’ego et Satan, ne pas garder l’hostilité envers cet homme-là, comme il a été vaincu par son ego , plutôt il faut avoir pitié de lui et attendre son regret. Tercio : Vois en toi-même ton défaut que tu ne vois pas ou que tu ne veux pas voir, et donne-lui sa part aussi. Ensuite si tu confrontes cette petite part restante avec pardon et indulgence et magnanimité qui vaincront le plus pacifiquement et le plus rapidement ton adversaire, tu échapperas à l’injustice et au tort. Sinon, comme un joaillier juif ivre et fou qui achète au prix du diamant des débris de verres et de glaces; envisager les affaires terrestres éphémères, temporaires, insignifiantes qui ne valent pas quelques pièces de monnaie, avec une extrême avidité et une perpétuelle haine, c’est un despotisme ou une ivresse exprimé en forme d’exagération. C’est en quelque sorte une folie…

Voilà, l’hostilité et l’idée de vengeance sont tellement nuisibles à la vie personnelle que si tu aimes ta personne, ne leur permets pas d’entrer dans ton cœur. Si elles y sont entrées, n’écoute pas leurs paroles. Observe et écoute la parole du connaisseur de la vérité, Hafiz Scherazi qui dit : Puisque le monde est éphémère et passager, il est sans valeur. Si le monde est ainsi, tu comprendras combien ses affaires partielles sont insignifiantes. Il dit aussi :« La paix et la tranquillité dans les deux mondes s’expriment et se gagnent en deux termes : Bonne et généreuse entente avec ses amis; attitude conciliante avec ses ennemis. »

Si tu dis : « Je n’ai pas le choix; l’animosité est dans ma nature. Ils m’ont mis dans une colère dont je ne peux m’abstenir. »

Réponse : Si aucune trace de mauvais caractère et de mauvaise habitude ne se manifeste, si on n’agit pas avec des choses comme la médisance et de plus, s’il comprend son défaut, cela ne causera pas de tort. Puisque tu n’as pas le choix et tu ne peux pas t’en passer, si tu reconnais ton défaut et si tu comprends que tu as tort avec ce travers, ce fait-là est considéré comme un regret spirituel, un repentir discret et une demande de pardon spirituel qui te délivrent du mal de ton adversaire. En fait, nous avons écrit la section de cette lettre afin que se réalise cette rémission morale, pour qu’on ne croit pas que le faux est vrai et pour qu’on ne discrédite pas injustement son adversaire juste.

Un cas digne de réflexion : J’ai vu dans un temps donné comme résultat de la partialité malveillante qu’un homme religieux savant jeta l’anathème dédaigneusement sur un savant pieux qui contredisait son opinion politique et loua respectivement un hypocrite dont l’opinion était conforme à la sienne. Voilà, je fus consterné de ce mauvais résultat de la politique et j’ai dit : Depuis ce temps-là, je me suis écarté de la politique.

CINQUIEME ASPECT : Il explique que l’obstination et la partialité sont extrêmement nocifs pour la vie sociale. Si on dit (Hadith) : « La divergence de ma communauté est une miséricorde », la divergence exige la partialité. Aussi, la maladie de la divergence délivre la masse opprimée du mal de l’élite oppresseur. Parce que s’il arrive que l’élite d’une commune ou d’un village s’accorde, elle écrase la masse opprimée. Si la partialité existe, l’opprimé se réfugie d’un côté pour se sauver. Aussi, la vérité se manifeste dans sa totalité par la confrontation des idées et la divergence des intelligences.

Réponse : Nous répondons à la première question : Quant à la divergence citée dans le Hadith, c’est la divergence positive; à savoir que chacun agit afin de corriger et diffuser sa voie et n’agit pas pour détruire et anéantir celle d’autrui mais pour la compléter et la reformer. Quant à la divergence négative, c’est agir pour détruire les uns et les autres d’une façon hostile, malveillante; ceci est rejeté par le Hadîth. Parce que les antagonistes ne peuvent agir positivement.

Nous répondons à la deuxième question : Si la partialité est au nom de la vérité, elle peut être le refuge des justes. Mais si la partialité est au profit de l’ego de manière malveillante, comme à notre époque, elle sera le refuge des injustes, elle constituera pour eux un point d’appui. Parce que si Satan vient vers un homme partial malveillant, si celui-là, Satan en l’aidant se montre son partisan, cet homme-là fera éloge à ce Satan-là. Si un homme d’une nature angélique va au coté opposé, on lui montrera une injustice au degré d’invoquer – à Dieu ne plaise! – la malédiction sur lui.

Nous disons pour la troisième question que : Quant à la confrontation des idées au nom de la vérité et de la justice, elle diffère dans les moyens malgré l’accord sur le but et le fondement. En faisant apparaître tous les aspects de la vérité, elle sert celle-ci et la justice. Mais la confrontation des idées avec malveillance et partialité qui fait appel à la prétention et à la célébrité au compte de l’ego concupiscent devenu pharaonien, ne reflète pas « les éclats de la vérité », mais fait plutôt jaillir les feux de la dissension. Parce que bien que l’unité soit nécessaire pour le but, les idées de telles personnes ne trouvent nulle part sur terre un point de convergence. Comme ce n’est pas au nom de la vérité, elles agissent abusivement sans limite. Elles causent des divergences irrémédiables. L’état du monde en est témoin.

Il en résulte que : Si les hauts principes comme اَلْحُبُّ لِلّهِ وَالْبُغْضُ فِى اللّهِ وَالْحُكْمُ لِلّهِ ne sont pas les principes de manière, l’hypocrisie et la division prédominent. Oui, si l’on ne tient pas compte de principes appliqués: َالْبُغْضُ فِى اللّهِ *وَالْحُكْمُ لِلّهِ et si on ne respecte pas ces principes, alors en essayant d’appliquer la justice, l’injustice en résulte.

Un cas digne de réflexion : Une fois, l’Imam Ali (que Dieu l’agrée) allongea un mécréant à terre. Au moment où en tirant son épée, il allait le décapiter avec son épée, le mécréant lui cracha dessus. L’imam l’abandonna sans le tuer. Le mécréant lui dit :

- Pourquoi ne m’as-tu pas exécuté ? Il répondit : – J’allais te trancher la tête pour Dieu, pour Allah. Mais tu as craché sur moi, je fus pris de colère. Comme la ruse de mon ego y prit part ( j’ai obéis à mes passions), ma sincérité fut atteinte. C’est pour cela que je ne t’ai pas tué. Le mécréant lui dit : – Cela a été pour irriter ta colère pour que tu m’abattes sur le champ. Puisque votre religion est pure et sincère à ce point, elle est véridique, dit-il.

Aussi, un fait digne d’attention : Une fois, quand un juge fut pris de colère au moment où il amputa la main d’un voleur, son supérieur qui l’observa attentivement le destitua de cette fonction. Parce que s’il l’avait coupée au nom de la Sharia, la Loi Divine, son âme aurait eu pitié de lui. Il l’aurait coupée sans que son cœur n’ait été pris ni de colère ni de pitié. Donc comme son ego a pris part au jugement, il n’a pas accompli sa tâche avec justice.

Une regrettable situation sociale et une maladie étonnante font pleurer le cœur de l’Islam : Bien que, même les peuples les plus primitifs apprécient et appliquent cet intérêt de la vie sociale qui est, « oublier et abandonner les conflits internes lorsque les ennemis de l’extérieure apparaissent et attaquent ». Qu’arrivent-ils à ceux qui prétendent servir la communauté islamique sans oublier leur hostilité insignifiante, ils préparent le terrain aux innombrables ennemis les uns derrière les autres qui sont en position d’attaque. Cette situation est un déclin, une barbarie. C’est une trahison pour la vie sociale de l’Islam.

Un récit digne d’exemple : Il y avait dans la tribu d’Hasenan, une des peuplades de Bédouins, deux clans ennemis. Bien qu’ils se soient entretués et qu’il y ait eu plus de cinquante morts, lorsqu’une des autres tribus comme Sipkan ou Haydaran les attaquaient, les deux clans hostiles oubliaient leur vieille animosité et se soutenaient mutuellement jusqu’à ce qu’ils repoussent la tribu étrangère, pendant ce temps-là, ils ne se rappelaient pas leur dissension interne.

Voilà, ô croyants ! Savez-vous combien il y a de tribus ennemies disposées à attaquer celle des gens de foi ? Il y a plus de cent cercles comme des cercles concentriques. Alors que les gens de foi sont dans l’obligation de s’unir, de se donner la main en se défendant contre chacun de ces cercles; est-il concevable de la part des gens de foi de faciliter les attaques des ennemies, en ayant un entêtement hostile et une partialité malveillante qui ont l’équivalent de l’ouverture des portes du sacro-saint de l’Islam pour qu’ils l’envahissent ? Ces cercles hostiles, ils sont depuis des gens égarés et des renégats jusqu’au monde des impies, aux terreurs du monde et à ses catastrophes; il y a sûrement plus de soixante-dix espèces d’ennemis qui vous convoitent avec avidité et colère et qui prennent position pour vous nuire. Contre tout cela, ton arme puissante, ton abri et ta forteresse, c’est la Fraternité Islamique. Sache et prends conscience qu’ébranler cette forteresse Islamique avec de petites querelles et des prétextes est combien contraire à la conscience et à l’intérêt Islamique.

D’après les Nobles Hadiths rapportés : Vers la fin du monde les personnes horribles et malsains Soufiane (Note 1) et Dajjal (Note 2), qui prendront le pouvoir à la tête des hypocrites et des hérétiques, en profitant de l’avidité et des divisions de l’Islam et de l’humanité mettront avec peu de force, le genre humain en anarchie et réduiront en esclavage le monde de l’Islam.

Ô gens de foi ! Si vous ne voulez pas être réduit en esclavage, revenez à votre raison ! Contre les oppresseurs qui exploitent vos divergences, prenez refuge dans la citadelle de la Parole Divine : "Les croyants ne sont que des frères. Etablissez la concorde entre vos frères, et craignez Dieu, afin qu’on vous fasse miséricorde." (Coran49:10), sinon vous ne pourrez ni protéger votre vie, ni défendre vos droits. On sait que lorsque deux héros s’empoignent, même un enfant peut les vaincre tous deux. Si deux montagnes se trouvent en équilibre sur une balance face à face, un petit caillou en troublant leur équilibre peut faire basculer de sorte qu’il fait monter l’une et descendre l’autre. Voilà ô gens de foi ! A cause de vos passions et de vos sectarismes hostiles, votre force se réduit à rien; vous pouvez être écrasés par peu de force. Si vous vous intéressez à votre vie sociale, appliquer ce haut principe suivant comme le principe de vie, ainsi, vous serez délivrés de l’humiliation terrestre et des malheurs de l’au-delà.

SIXIÈME ASPECT : La vie spirituelle et l’exactitude de l’adoration s’ébranlent avec animosité et obstination. Parce que la sincérité qui est le moyen de délivrance et de sauvegarde se perd. Car une personne obstinée et sectaire désire la supériorité sur son adversaire dans les bonnes œuvres. Elle ne peut réussir à agir avec sincérité pour l’amour de Dieu. Et aussi il préfère son partisan dans ses jugements et actions; il ne pourra être juste. Ainsi « la sincérité », « la justice » qui sont les fondements de bonnes œuvres et actions se perdent avec hostilité et animosité. Ce Sixième Aspect est très long. Nous restons aussi bref que la situation l’est.

Saïd Nursi Bediuzzaman : Traité de la fraternité – chapitre 1.

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